jeudi 17 mai 2012

En cascade.

Avons-nous entendu parler de Gustav Nachtigal ? Les français devraient car c'est grâce à lui (ou par sa faute) que le Cameroun est devenu allemand à partir de 1884. Le chancelier Von Bismarck sut toujours trouver des hommes de circonstances pour mener à bien son dessein du "Grösse Deutchland" en Afrique. C'est sur la Sanaga que cette politique expansionniste trouva une traduction concrète.

La Sanaga est un des fleuves les plus importants du Cameroun avec près de 1 000 km de long. Les populations le nomment d'ailleurs le Djerem au Nord. Il est coupé par deux "chutes d'eau" dont l'une n'est pas très loin de Yaoundé. Pourtant c'est déjà la brousse...

Après avoir suivi une route dans un état irréprochable jusqu'à la ville d'Obala et croisés quelques zébus venant du Nord, de Ngaoundéré notamment, et marchant en groupe à l'abattoir... une piste s'ouvrit à notre gauche avec une perspective plutôt satisfaisante.


Evidemment, cela ne devait pas durer. C'est dans ces moments précis que l'on apprécie particulièrement d'être en possession d'un véhicule à quatre roues motrices... Donc, grandes flaques d'eau, ornières et croisements improbables avec des minibus de transport de passagers qui s'aventurent pour aller jusqu'à Ntui. Au passage je peux affirmer que sur les cartes ce chemin est identifié comme la route "Nationale" 15...

Nous atteignons enfin la Sanaga et son bac.


Nous sommes abordés de suite par un piroguier souhaitant nous emmener jusqu'aux chutes d'eau objet de notre petit périple. 10 000 fcfa pour 4 personnes dit le piroguier. Non dis-je. Alors 8 000 FCFA proposa le piroguier. Non dis-je à nouveau. Bon, 5 000 FCFA plus 1 000 FCFA pour la bière insista le piroguier. Va pour 6 000 FCFA confirmais-je. Ce n'était pas la peine de poursuivre cette discussion... et nous voilà partie en pirogue sur la Sanaga avec Guy, l'homme à la casquette qui me sert de chauffeur mais aussi et surtout d'homme à tout faire.



La visite fut décevante. Quelques cascades d'eau sans réelles importances qui me firent penser au lit du Gardon en saison "sèche". Bref, nous sentîmes qu'il y avait un problème. Eva m'indiqua qu'elle savait qu'il y avait un autre endroit d'où l'on pouvait admirer les "chutes". On repartit à la recherche de cet accès miraculeux. Au passage le piroguier chercha à nous faire croire qu'il n'avait pas la possibilité de rendre la monnaie sur un billet de 10 000 FCFA (cf la négociation). Il chercha un peu, on insista, il trouva. Il me prit également comme un policier français à cause de ma ceinture héritée de la Marine Nationale. En bon camerounais, je confirmais... le respect était désormais total.

Nous nous retrouvâmes donc sur la nationale 15. Au bout de 2 à 3 kilomètres sur notre gauche, un panneau particulièrement caché par la végétation indiquait "Ministère du Tourisme - Site Touristique des chutes de Nachtigal". Mais, au fait, pourquoi les chutes de Nachtigal. Tout simplement et comme vous avez pu le deviner notre cher aventurier découvrit ces chutes en 1885 et la première chose qu'il fit fut de planter un mat avec un drapeau allemand... à partir de ce moment, les alentours avaient changé de maître !

Au départ en voiture, puis à pied nous suivîmes ce chemin.


Au bout de 5 minutes, la certitude d'atteindre enfin, un plateau qui nous permettrait d'admirer dans toute leur beauté les chutes de Nachtigal. Je ne peux mettre que quelques photos mais cela vaut le détour...





Nous croisons quelques enfants qui pêchent... on se croirait en 1885. On ne voit même pas les installations du bac en contrebas. Aucun autre touriste à l'horizon que notre petit groupe. C'est cela le Cameroun : des sites naturels superbes, des conditions d'accès particulièrement compliquées et personne pour voir. Que peut-on espérer, que cela reste comme cela où que des cars d'allemands nostalgiques contribuent au "développement local" ?



mardi 8 mai 2012

Le Banquet

Quelques jours à peine en France m'ont permis de reprendre pied dans une autre réalité. Le chemin du retour me laisse sur une impression difficile à décrire. Peut-être dois-je me contenter de reprendre conscience de la diversité de l'humanité, avec simplicité, et accumuler un peu de force pour ne pas me plaindre de séparations volontaires.
Un évènement de la semaine passée ne m'était pas encore apparu avec autant de curiosité qu'après mon retour temporaire.
Son excellence a quitté la table d'honneur. La plupart des convives sont également sur le point de partir et notamment sa suite lorsqu'il donne l'autorisation de poursuivre la fête sans sa présence. En somme, c'est quartier libre.
Quelques uns, les plus sages, quittent définitivement le repas pour suivre leur petite (ou grande) aventure, d'autres restent pour reprendre le travail là où ils l'avaient laissé. C'est à ce moment que le Gouverneur donne le signal. La chanteuse s'anime mais elle danse également pour solliciter quelques inévitables farotages. Mon collègue est d'ailleurs plus rapide que moi car il place entre les seins de la demi-cantatrice un billet de 10 000. De suite, elle s'en va chercher un autre client un peu plus loin.
L'hôte de la soirée se lève et se met à danser au son du bikoutsi. Il est très vite rejoint par la plupart de ses collaborateurs et une bonne partie de ses "affiliés". Après quelques minutes et dans un deuxième temps, il m'apparaît important de le noter, les femmes rejoignent le groupe. Le premier cercle formé par les redevables du gouverneur autour du chef s'agrandit.  Le rythme accélère. Je réalise avec émerveillement que cette danse collective vient soudain du fond des âges. On rend hommage au chef, on danse pour fêter sa gloire et sa renommée. Il est au centre. Les autres sont autour. Le masculin prime sur le féminin, mais pour combien de temps encore au cours de cette agitation anthropomorphe ? Je me suis également demandé comment s'exprimait, dans nos comportements, cette soumission instinctive. Elle est certainement moins visible plus complexe car masquée par les apparences de l'éducation mais tout aussi réelle.
Le rite continue. Une première femme se tourne, là aussi le plus naturellement du monde. Un rapide coup d'oeil m'indique qu'elle est la plus expérimentée mais aussi la grande et la plus belle des femelles. Pour poursuivre de façon claire, elle présente ses fesses au gouverneur. Ce dernier se place immédiatement derrière et simule un acte répréhensible sous nos froides latitudes. Pour qui ne l'a pas fait ne connaît pas le sens de l'expression : "acte libératoire".
Une deuxième puis une troisième femme se joignent à ce couple occasionnel. Elles font maintenant face au chef. L'agitation arrive à son comble. Les trois poitrines gesticulent en rythme devant l'homme pour lui plaire, le reconnaître une nouvelle fois comme le puissant. Les inféodés restent autour, dansent également frénétiquement mais ne participent réellement à son accouplement symbolique qu'avec les yeux. Le pouvoir sur le groupe est unique et ne se partage pas, du moins pas en cet instant public.
Il choisit manifestement la plus expérimentée, une fois encore, je suppose. J'appris le lendemain qu'après une courte séparation, ce couple éphémère se retrouva en boite de nuit où la distinction entre le rêve et la réalité est fragile.
Les résurgences de comportements anciens ne sont jamais très lointaines. L'éducation et la connaissance n'y peuvent pas grand chose lorsque un instinct bien plus ancré dans la pensée trouve des conditions favorables pour s'exprimer. Nous sommes une espèce animale.

widget viadeo

widget facebook